Le Prix Max Boullé : célébrer l’héritage mauricien par une création originale

26 janvier 2026

Le Prix Max Boullé : célébrer l’héritage mauricien par une création originale

Le Prix Max Boullé : célébrer l’héritage mauricien par une création originale

Keshav Neenooth, 21 ans, élève de l’ENSA Nantes à Maurice, est le grand gagnant du Prix Max Boullé. Cet étudiant en architecture vous invite à découvrir son œuvre lors d’une exposition gratuite à l’amphithéâtre de Telfair.

Rencontre avec Pierre André Boullé (P. A. B), Président de l’association Les Amis de Max Boullé, et Keshav Neenooth (K. V), brillant architecte en devenir, dans les coulisses d’une aventure extraordinaire.

Pourquoi avoir lancé ce projet du Prix Max Boullé ?

P. A. B : Cette idée a germé il y a plus de trois ans, suite à la Retrospective Max Boullé. Le succès de cette exposition a encouragé l’association Les Amis de Max Boullé – dont j’étais alors membre – à créer un pont entre le passé et le présent du patrimoine mauricien.  Après les recettes issues de la vente de notre livre, on avait hâte de se lancer dans notre prochain projet. S’ensuit notre rencontre avec Savana Ulcoq, de ArtMe, coordinatrice de ce projet, et Mathieu Pigeot, Art & Culture Manager de Moka City, qui nous avait déjà donné l’idée d’un site…  

Telfair : en quoi correspondait-il à ce projet ?

P. A. B : C’est un quartier jeune et dynamique qui a un cœur intéressant : l’amphithéâtre de Telfair. C’est un lieu vivant qui encourage l’interaction, un des aspects phares de notre démarche. Il est aussi ancré dans un plan urbain, tout en ayant un décor naturel magnifique – caractéristique marquante de l’œuvre de Max Boullé qui s’inspire de la nature pour créer des structures inédites.  

Qui était Max Boullé ?

P. A. B : Ce Mauricien quitte son île en 1920 pour l’Académie Ranson. À son retour en 1925, il travaille à de nombreux édifices religieux, à des bâtiments civils et des maisons individuelles avant de s’associer à Marcel Lagesse, puis à Mara Schaub, pour ouvrir le premier cabinet d’architecte de l’île, le cabinet Boullé-Lagesse-Schaub. 

 

Max Boullé, l’architecte, est connu pour son style minimaliste inspiré du mouvement Art Déco. Il est d’ailleurs l’un des premiers à avoir utilisé du béton dans ses constructions. On lui attribue des édifices emblématiques tels que la chapelle de Cap Malheureux et le Collège Saint Joseph à Curepipe. 

Que représente cette œuvre ?

K. N : Max Boullé était peintre et architecte. Si je connaissais déjà les grandes lignes de ses travaux architecturaux, ma recherche s’est aussi orientée vers sa peinture. Je voulais intégrer un maximum de facettes sans en faire trop. La simplicité et l’aspect rectiligne de ses bâtiments étaient les driving forces de ce projet. J’ai utilisé des couleurs vives et chaleureuses pour créer un pavillon généreux qui pique la curiosité. 

 

P. A. B : La délibération du jury a duré plus de quatre heures. Sur 22 dossiers anonymes, dont certains participants internationaux, on en a retenu 13, pour finalement sélectionner celui de Keshav. 

Comment crée-t-elle du lien entre les gens dans l’espace public ?

K. N : En esquissant, je ne voulais pas que ce soit évident. Ça aurait pu intimider ou repousser. Au contraire, j’ai voulu faire appel à la curiosité que nous avons tous en commun pour inviter au dialogue. Je voulais intriguer par la dimension, les éléments etc… Qu’on se pose des questions, et que les réponses créent une discussion. Inviter les gens à s’asseoir et échanger.  

Qu’aimerais-tu que les visiteurs ressentent en la découvrant ?

K. N : Qu’ils se sentent inclus et invités à entrer, à découvrir et à interagir. J’ai conçu cette œuvre avec tous les publics en tête ; à tous les âges. 

 

P. A. B : Parfois, on sent une distance entre une œuvre et soi. Pas celle-ci.  Elle est positionnée dans un espace accueillant, et on a hâte de voir son intégration dans Moka.

Qui est Keshav Neenooth après cette œuvre ?

K. N : Quelqu’un de moins introverti. C’est la première fois que j’accomplis quelque chose d’aussi tangible, qui ne soit pas un croquis. Ça a impliqué de sortir de ma coquille pour trouver les partenariats et les sponsors qui ont rendu cette œuvre possible. 

Quelles sont les premières réactions à cette installation ?

K. N : Mes amis et mes connaissances sont très fiers de voir cette œuvre exposée, d’autant plus que j’ai bénéficié de l’aide de certains d’entre eux pour la réaliser. Les retours sont positifs. 

De l’inspiration à l’installation : comment est née cette œuvre ?

K. N : J’avais vu l’annonce du Prix en 2e année, mais je n’avais pas le temps d’y penser. C’est la longue période d’inscription qui m’a permis de participer.  Mais je n’avais pas d’idée concrète : que des « shower thoughts » et des souvenirs de cours. En l’espace d’une semaine, je me suis documenté, puis est venue la phase des croquis et d’expérimentation. Il y a plusieurs itérations de cette œuvre que le public ne verra pas. J’ai soumis mon dossier sur le fil du rasoir… et en n’ayant pas eu de retour, je me suis inquiété : le comité m’a demandé un portfolio que j’ai soumis, et c’était parti.  

As-tu rencontré des défis techniques ou artistiques pendant le projet ?

K. N : Bien sûr : un des grands défis était le critère que l’œuvre dure en dépit des intempéries. Je me suis fait aider par un bureau d’études pour vérifier la solidité de mon dessin. Et puis, il y avait un budget alloué par l’association à respecter, et j’ai trouvé des sponsors formidables qui ont permis à ce projet de prendre vie.  

L’art s’invite dans la ville

Venez découvrir cette exposition en plein air à Moka

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